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Le succès de Susan Boyle fait bicher les chaumières. Si les Anglais sont capables d’élire une chanteuse pour sa seule voix, faisant fi de sa circonférence ou de sa pilosité, pourquoi pas nous ? Ainsi est né « The Voice », nouveau télé-crochet de TF1, fondé sur l’axiome : « seule la voix compte ». Son principe ? Les jurés sont dos aux postulants et ne se retournent que quand la voix les convainc. Belle idée, mais l’émission n’est pas en direct et toute forme de suspens est émoussée au profit d’un vidéo-clip hystérique. Hideusement réalisé, The Voice tue son objectif et devient une épuisante suite de « moments d’émotions ». Réduit à l’état de pantin, chaque membre du jury est la caricature de lui-même : Florent Pagny oscille entre le ninja SDF et le Fu-Manchu à talonnette ; Louis Bertignac ressemble à une grand-mère déguisée en marlou ; Garou fait son numéro grasseyant de « québécois-sympa » ; quant à Jennifer, elle joue les aigrettes sous acides, parlant un sabir néo-télévisuel : « j’ai sur-kiffé, vous m’avez foutu encore le poil ! ». Le ponpon est toutefois remporté par la dénommée Virginie de Clausade, qui commente les coulisses de l’émission avec une niaiserie sidérale. Restent les chanteurs… Blandine, ancienne obèse de l’Oise ; Thomas, SDF de Billancourt ; Louis, jeune minet de l’Ain ; Damien, batteur de St Nazaire etc. Si chacun vient pour son organe, tous ont le look stylisé. Il est même clair que les producteurs ont fait une présélection paritaire et polychrome laissant peu de place aux rougeurs et aux goitres. On rêvait de Zola, on a du Telestar. A « The voice », les vrais thons ne passent pas le ressac. TF1, 20 h 50, samedi 25 février.
Je vous ai menti. Dans ma première chronique, j’ai affirmé voir le monde depuis mon pigeonnier de la rue des Martyrs. C’est faux ; du moins incomplet. Chaque matin, je transhume de la Nouvelle Athènes vers Cluny. Au cœur du Paris antique, sous les toits, se niche ma crapaudière (« un pucier », dirait ma belle-mère) où je me cloitre loin des cris de la marmaille et des fragrances domestiques. Trois chambres de bonnes lourdes d’ex-voto, d’animaux empaillés, de tableaux mochards et de milliers de livres. C’est là que j’écris, entre l’Odéon et la Maube. Par ma fenêtre, j’aperçois les faîtes de Notre-Dame et St Séverin, les dômes du Panthéon et de la Sorbonne, les ruines des Thermes. Ici, l’air fleure la raclette et le kébab, car le Paris de Clébert et Yonnet s’est noyé dans le sandwich grec ; mais ce quartier conserve pourtant une âme singulière, faite de grandeur et de vulgarité, de kitsch et d’histoire. On y croise toutes sortes d’oiseaux : des touristes qui cherchent Notre-Dame mais campent au Starbucks ; des sorbonnards à lunettes quittant Gibert pour engloutir une pita ou un sushi ; des librairies ésotériques, des fripiers, des badauds. Le quartier garde aussi ses fantômes, tel ce démarcheur qui arpente depuis des années le trottoir devant le Monoprix du Boulevard St Michel. Des dossiers sous le bras, cet échalas aux allures de gargouille lance un « bonjouuuur » lugubre et n’attend jamais de réponse. Spectre de François Villon ? Ahasverus esclave de l’éternité ? Prométhée enchaîné au bitume ? Dernier sorcier du Paris magique ? Il incarne en 2012 une figure jaillie de Paris Insolite ou de Rue des maléfices. J’aime à me dire qu’il est le diable en personne, simplement égaré dans un monde qui ne croit plus en lui. 
La semaine dernière, c’était la Saint Valentin. Je n’aime guère cette tradition melliflue, mais ma femme y est attachée. Après six ans de vie de couple et deux mouflets, elle veut encore du câlin, du bisounours. A cours d’idée, j’ai demandé conseil à mon ami Chauvier. « Va donc Passage du désir ! » me lance-t-il, l’œil égrillard. « C’est quoi ça ? ». Effarement de mon camarade : « Voyons, mais c’est le Colette du X ! » « Quoi : un sex-shop ? » « Mais non, malheureux : un love-store ! » Intrigué, je me rends dans la boutique du Marais (23, rue Ste Croix de la Bretonnerie, 4e). Cette façade prune conduit à « l’antithèse du sex-shop ». Ici on revendique même le « développement durable du couple ». Ben voyons ! Manquerait plus que ça soit financé par l’évêché !et la fin supprimée:
Pour ma part, j’achète deux boules de Geishas chromées. L’intention était aussi louable que l’idée mauvaise : ma femme a cru que je lui offrais deux marrons glacés. Les urgences de l’Hôtel Dieu ont trouvé ça poilant ; pas nous.
(photo: Valérie Broquisse)
Certaines boulangeries appâtent le chaland en embaumant la rue. Car la bande annonce est tout un art : on n’ânonne pas « tu montes, chéri ? » avec un sourire de notaire. Il faut donner envie, créer le désir. Il en est de même des titres : voilà pourquoi une émission intitulée « La face cachée des petites culottes » excite fatalement les esprits curieux. Le chroniqueur grivois verra là une forêt bruissante de métaphores. Quant à l’érotomane, il songera aux délicieuses Mémoires d’une culotte d’Aymé Dubois-Jolly, qui fit les beaux soirs de la collection « J’ai lu rose ».