samedi 3 octobre 2009

L'abominable "Mozart l'Opéra rock" au palais des sports (Figaro, 03/10/2009)




Mozart touche le fond

Certains spectacles sont à ce point désarmants qu’ils se courbent d’eux-mêmes pour recevoir la bastonnade. Mozart l’opéra rock est de ceux-ci : il attend les coups, à croire qu’il les espère.
Tricoter une comédie musicale autour de la figure flamboyante du musicien autrichien n’était pas une mauvaise idée en soi. De même, relire Mozart à l’aune du rock et de la variété pouvait sembler excitant, sinon intrigant. Las, d’un côté comme de l’autre le père de Don Giovanni n’est que le prétexte à une pantalonnade piteuse, où la vulgarité le dispute à la laideur, la vacuité à l’ennui, l’inculture au mercantilisme. Rien n’est à sauver dans ce spectacle qui prend Mozart en otage, conserve un canevas chronologique, distille quelques citations musicales, pour mieux dériver sur les eaux fangeuses d’une kermesse grand luxe dont l’essentiel reste le profit.
Mozart ? Un ludion frénétique. Ses maîtresses ? Des greluches hystériques et grimaçantes. Salieri ? Un gominé minet. Certes, les chanteurs ne sont pas calamiteux, mais la sonorisation privilégie les basses, les rendant incompréhensibles.
Accordons toutefois au cinéaste Olivier Dahan (quelle dégringolade depuis l’excellent Déjà mort), qui fait ici ses premiers pas au « théâtre », d’avoir su jouer avec la machinerie du Palais des Sports. Ici, les décors changent à chaque instant avec une remarquable virtuosité. Mais ils sont si laids, si mal éclairés, avec des costumes si hideux, qu’on se demande si les stylistes n’ont pas fait leur classe chez Haribo.
Dans l’absolu, tant de défauts passeraient si les chansons étaient de qualité. Une fois de plus : zéro pointé. Sur des paroles ineptes de Dove Attia (quelques titres : « Tatoue-moi », « Bim bam boum », « Les solos sous les draps ») les mélodies font preuve d’une prodigieuse médiocrité et pas un tube ne reste en tête sitôt le rideau tombé.
Songeant à Notre Dame de Paris, au Roi Lion et bien sûr à Starmania, la comparaison est cruelle. Songeant à Mozart, on est simplement navré. « Je viole l’histoire mais je lui fais de beaux enfants » disait Alexandre Dumas. Ce spectacle viole Mozart et se contente de lui faire mal. Très mal. Et tout ça pour vendre des T-shirts…

1 commentaire:

François a dit…

Bonjour,

J'ai pu lire votre critique de Mozart l'Opéra rock.
Si je peux comprendre qu'on puisse ne pas aimer une comédie musicale, il convient de la critiquer avec parsimonie. Le monde est complexe et l'opinion de chacun nécessite qu'elle s'exprime avec douceur car il n'y a pas qu'une seule vérité. Tout est vérité pourvu qu'on y croit.

Bien à vous,
François Thominet