Dans notre monde d’images à outrance, difficile de démêler le vrai du faux. Ce décryptage, Valérie Trierweiler tente de l’obtenir avec sa nouvelle émission, Itinéraires. En quarante minutes, une personnalité voit défiler sa vie sur un écran (archives, témoignages…) et réagit à chaud. L’animatrice n’est pas sur le plateau mais reste une « Big Sister » en noir et blanc et plan américain. Un sphinx omniscient qui parle peu et oriente l’invité. En soi, rien de nouveau, mais c’est bien fait. Ras le bol des talk-shows pyrotechniques où les invités sont les faire-valoir de l’animateur. Ici, on est dans la tradition du double C : Chancel-Chapier. Et ça fonctionne. Premier invité : JoeyStarr. Un « bon client », comme on dit. Excellent, même, car nul n’est plus esclave de son image que ce rappeur de 45 ans. On connaissait le chanteur rugissant à la denture cannibale ; l’impulsif aux quatorze condamnations ; le provocateur patenté. On a récemment découvert l’acteur instinctif, aussi à l’aise chez Maïwenn que Beigbeder. On voit ici une boule de sensibilité sous contrôle, un écorché conscient de sa séduction, un bateleur brillant et matois qui garde ses lunettes noires mais se dévoile avec une verve rigolarde. « Le beau est la splendeur du vrai quand le monde est à l’endroit, alors j’ai mis ma tête à l’envers pour marcher droit », dit-il de façon énigmatique. Puis il déplore que le Rap reste une posture, avoue qu’il aurait pu être flic, cite Sagan… Au terme de l’interview, JoeyStarr s’est-il mis à nu ? Un peu, sûrement. Pas assez, sans doute. Mais comme dit le chanteur avec sa gouaille rocailleuse : « les couilles, c’est très personnel ». lundi 30 janvier 2012
Trierweiler deshabille JoeyStarr (Bien vu, Figaro, 30 janvier 2012)
Dans notre monde d’images à outrance, difficile de démêler le vrai du faux. Ce décryptage, Valérie Trierweiler tente de l’obtenir avec sa nouvelle émission, Itinéraires. En quarante minutes, une personnalité voit défiler sa vie sur un écran (archives, témoignages…) et réagit à chaud. L’animatrice n’est pas sur le plateau mais reste une « Big Sister » en noir et blanc et plan américain. Un sphinx omniscient qui parle peu et oriente l’invité. En soi, rien de nouveau, mais c’est bien fait. Ras le bol des talk-shows pyrotechniques où les invités sont les faire-valoir de l’animateur. Ici, on est dans la tradition du double C : Chancel-Chapier. Et ça fonctionne. Premier invité : JoeyStarr. Un « bon client », comme on dit. Excellent, même, car nul n’est plus esclave de son image que ce rappeur de 45 ans. On connaissait le chanteur rugissant à la denture cannibale ; l’impulsif aux quatorze condamnations ; le provocateur patenté. On a récemment découvert l’acteur instinctif, aussi à l’aise chez Maïwenn que Beigbeder. On voit ici une boule de sensibilité sous contrôle, un écorché conscient de sa séduction, un bateleur brillant et matois qui garde ses lunettes noires mais se dévoile avec une verve rigolarde. « Le beau est la splendeur du vrai quand le monde est à l’endroit, alors j’ai mis ma tête à l’envers pour marcher droit », dit-il de façon énigmatique. Puis il déplore que le Rap reste une posture, avoue qu’il aurait pu être flic, cite Sagan… Au terme de l’interview, JoeyStarr s’est-il mis à nu ? Un peu, sûrement. Pas assez, sans doute. Mais comme dit le chanteur avec sa gouaille rocailleuse : « les couilles, c’est très personnel ». dimanche 22 janvier 2012
Rions vieux, rions jeunes! (Bien vu, Figaro, 23 janvier 2011)
Ô cruelle vieillesse ! Voilà ce que pense le téléspectateur qui regarde Canal +, le dimanche, à l’heure du pousse-café. Contempler successivement la « semaine des Guignols » et celle du « Petit Journal » c’est avoir les pieds dans deux époques. D’un côté, un humour poussif, essoufflé, où survit trop rarement ce qui a fait sa grandeur pendant plus de vingt ans ; de l’autre une formule incisive, brillante, tête-à-claque, d’une saine virtuosité et d’une mauvaise foi émoustillante. Car si les émissions dressent toutes deux le bilan satirique de l’actualité de la semaine écoulée, la première semble un vieux cabot en bout de course quand la seconde tire à boulets rouges. Au vrai, les Guignols occupent aujourd’hui la place où ils avaient acculé le défunt Bébête show : l’humour papy ; le rire qui sent le sapin. Le pet mouillé. Nous en sommes presque au choc des générations. Les mœurs ont évolué. Un jour, Raynaud et Lamoureux firent place à Coluche et Desproges. Ce n’est pas la loi de la jungle mais celle de l’espèce. Et lorsque commence le « Petit Journal » avec la bonne fasse boboïsante de Yann Barthès, on respire. Fini la sarkophagie sans imagination. Avec Barthès, le mauvais esprit tape dans tous les coins : de l’Elysée à Hollande, de Le Pen à Mélenchon. Ce dernier est leur bête noire, qui leur a interdit l’accès à un de ses meetings. Le Petit Journal pratiquant le détournement, Mélenchon les accuse de désinformation. A-t-il tort ? Raison ? Les deux, sans doute. Mais du Crapouillot au Canard, c’est un sport sain et français. Et n’est-ce pas prendre le spectateur pour un gnou que de le croire incapable de séparer le lard du cochon ?La semaine des Guignols ; La semaine du Petit Journal. Canal + dimanche 13 h 55 et 14 h 30.
dimanche 15 janvier 2012
Sexe (très) faible (Bien vu, Figaro, 16 janvier 2011)
Le X sera-t-il enfin un art à part entière ? Du moins un genre noble ? Créé voici juste vingt ans, le « Journal du hard » de Canal + a contribué à institutionnaliser, voire respectabiliser cette discipline. Belle intention, fier objectif, mais deux décennies plus tard, qu’en est-il ? Franchement, ce magazine n’a guère changé, flirtant avec les mêmes clichés, tissant les mêmes métaphores potachocoquines, brandissant désormais des idéaux qui font doucement sourire. Le numéro de samedi dernier était consacré au porno féminin : celui des actrices, des réalisatrices, des spectatrices. On y apprend qu’aujourd’hui une Française sur deux avoue regarder des films X. On y découvre que le plaisir féminin prend une place grandissante dans le monde du hard. On y constate que les actrices ne sont plus des victimes, mais des femmes fières de leur boulot. Grand bien nous fasse, mais malgré toutes ces encourageantes statistiques, le constat reste le même : le cinéma porno n’en finit pas de tourner le dos à l’inventivité artistique. Comme si l’imagination, la création, l’audace s’arrêtaient au seuil du slip. C’est toujours la même photo glacée et viandeuse, les mêmes gémissements insincères, les mêmes canapés en skaï mauve, les mêmes villas tropéziennes, les mêmes bimbos botoxées, les mêmes étalons huileux aux proportions effarantes. On enrobe aujourd’hui cette imagerie d’un sabir féministoïde mais cela ne change rien à l’affaire : le X semble à jamais mort-né. Oshima, Bellochio, Lars Von Trier et quelques autres ont essayé d’introduire le corps brut dans l’image cinématographique. N’étaient ces francs-tireurs, le X campe à la boucherie. Et pour longtemps. lundi 2 janvier 2012
mardi 20 décembre 2011
Pravda + (Bien vu, Figaro, 20/12/2011)
Certaines personnes vieillissent mal. Les rides les rendent amères, obtuses et sentencieuses. Les premières « saisons », « L’année du zapping » était un rendez-vous jubilatoire de fin décembre. En quelques heures, on découvrait l’herbier cinglant de douze mois de télévision. Tout y passait : politique, culture, jeux, docs, info… Une moulinette d’autant plus implacable qu’elle n’obéissait à aucune structure scénarisée, mais proposait un enchaînement aléatoire. Une revigorante roulette russe. Puis, avec le temps, le curseur s’est déplacé. Le démon des idées s’est emparé des herboristes, qui nous offrent désormais un décryptage biaisé (quoique toujours remarquablement bien troussé) de l’année qui s’achève. Ce qui décapait joyeusement le bourrage de crâne médiatique est devenu un authentique outil de propagande. Choix des images, montage, sélection des propos, des intervenants : le panel anarchique a viré au stalinisme bon teint. Ici, on brocarde la bande du Fouquet’s, la cruauté des puissants, le nucléaire, le grand capital. Le « Zapping » casse du riche : ça fait chic. Si DSK en prend pour son grade, les canons sont braqués sur l’autre rive. De Marine à Sarko, c’est un festival de petites phrases douteuses, présentées comme autant de sentences ambiguës. En face ? RAS. Montebourg, Mélenchon, Besancenot figurent parmi les sages et tirent la morale, faisant écho aux barrissements des Indignés et autres yoyotages hesseliens. Bref, le « Zapping » ne recense pas l’année : il la relit, la recoud, la révise. L’esprit Canal a grise mine : le matraquage a remplacé l’insolence, et l’image cryptée sent sa Pravda. Le « Zapping » frappé de sénilité ? C’est triste, mais la vieillesse est cruelle. Il n’y a parfois qu’une issue : débrancher. mardi 13 décembre 2011
Massenet en grandes notes (Figaro, 13 décembre 2011)
Pour reprendre un chardonnisme consacré, « Massenet c’est beaucoup plus que Massenet » . Toutefois, que sait-on aujourd’hui de Jules Massenet (1842-1912) ? Tout juste connaît-on une poignée de succès incontestables ( Manon, Werther, Thaïs), quelques anecdotes bien senties et peu glorieuses (rapportées par ses détracteurs, tel Léon Daudet) et beaucoup d’idées préconçues. Peu de compositeurs ont à ce point pâti de leur succès, comme si la postérité, vacharde, s’était vengée sur un artiste tant fêté de son vivant.Compositeur quasi officiel de la jeune IIIE république, il fut une star, une vraie. Couvert d’honneurs, de gloires, de médailles, de couronnes. De femmes, surtout, qu’il savait si bien charmer et à qui, de Manon à Hérodiade en passant par Thaïs ou Esclarmonde, il confiait des rôles enjôleurs. Certes, Massenet n’a jamais cherché à révolutionner son art. Ses opéras sont contemporains de Parsifal, d’otello, de Falstaff, de Tosca, de Salomé, d’elektra, de Pelléas ; de même, il meurt un an après Petrouchka de Stravinsky et l’année du Pierrot lunaire de Schönberg, mais reste l’héritier de Gounod et de Thomas. Et alors ? Massenet est un suiveur, un continuateur. Un grand professionnel du théâtre, aussi, mais qui ne s’est jamais reposé sur un simple métier et quelques recettes : si tel était le cas, personne ne pleurerait aujourd’hui à la mort de Werther ou aux sanglots de Manon.
C’est que Massenet savait émouvoir, incontestablement. On voudrait réduire son succès aux charmes datés d’un Paul Bourget, mais plus personne ne lit Le Disciple alors que Massenet fait partie des incontournables. On voudrait également le limiter à l’exotisme systématique d’un Pierre Loti, mais Thaïs émeut encore quand nul ne lit plus guère Pêcheurs d’islande. La grande force de Massenet fut de parler au coeur, voilà tout : sa musique est simple, jamais simpliste. Quel mal y a-t-il à être séduisant, voir séducteur ? C’est pourquoi on n’en finit pas de redécouvrir ses oeuvres, comme sa Cendrillon (1899). S’il n’est pas le chef d’oeuvre de Jules Massenet, cet opéra-conte de fée est une exquise bonbonnière musicale qui doit être montée comme telle. C’est bien ainsi que l’a compris Laurent Pelly, dans cette délicieuse production, rôdée à Santa Fe puis à Londres, et que nous découvrons aujourd’hui à la Monnaie de Bruxelles. Comme toujours chez Pelly, on oscille entre la poésie et la farce, le lyrisme et la parodie. Son spectacle est une boîte au trésor, riches en surprise et clin d’oeil, qui ne cherche jamais à donner plus de sens à une oeuvre n’en ayant guère. Le chef Alain Altinoglu dirige cette musique avec sûreté, maintenant l’équilibre complexe entre la délicatesse et le comique. Mais ce spectacle n’aurait été aussi réussi sans une Cendrillon de tout premier plan. La soprano Anne-catherine Gillet prouve une fois de plus qu’elle est à l’aise dans tous les registres dramatiques, et que sa voix a atteint une plénitude et une souplesse qui lui permettront d’aborder de nombreux rôle (on veut l’entendre dans Manon !).
Lyrique, sensible, piquante, touchante, elle fait montre d’une vaste palette théâtrale soutenue par une technique vocale décidément impeccable. Et puis elle a ce charme naturel, presque rustique, qui fait d’elle l’une des chanteuses les plus attachantes de la scène musicale actuelle (on ne peut que recommander son excellent récital Berlioz-barber-britten, chez Aeon). A côté de cette Cendrillon idéale, le reste de la distribution ne démérite pas : gouleyante Madame de la Haltière de Nora Gubish ; émouvant père de Lionel Lhote ; touchant prince charmant de Sophie Marilley. Bref : une féerie où Jules Massenet aurait sans conteste retrouvé ses petits.
« Cendrillon », La Monnaie de Bruxelles, du 13 au 29 décembre. www.lamonnaie.be
dimanche 11 décembre 2011
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