(photo: Valérie Broquisse)On m’a dit de me présenter : je m’appelle Nicolas d’Estienne d’Orves et j’ai 37 ans. Je fais partie de cette génération entre-deux qui a connu Casimir et Mitterrand, le Sida et le Top 50, le ticket-choc et le métro à deux classes. Une génération qui vit sur Facebook mais achète encore des CD, qui lit la presse sur Internet mais goûte toujours le papier. Je porte un nom à trombone frappé sous le sceau de l’Histoire ; j’aime l’andouillette et le coca light, Offenbach et Didier Super ; enfin, je suis trop provincial pour ne pas être parisien.
Depuis six mois, j’habite rue des Martyrs. A flanc de coteau, on apprend à scruter le monde. Mon côté gardien de phare. Il y a mille-huit-cents ans, Saint Denis gravissait ce sentier de forêt, résolu à perdre la tête. Aujourd’hui, les martyrs céphalophores ont fait place à l’auréole « bobo » (terme déjà suranné). Ici, le jus de carottes coute 12 euros, la meilleure baguette parisienne est conçue par des nippons, et des couples au couteux négligé exhibent leurs brassées d’enfants. Ici on clame « votez Hollande ! » en songeant « ciel mes impôts ! » Quartier populaire ? A d’autres ! Plutôt un village, un clochemerle trendy, avec ses codes et snobismes, enchâssé entre les vacarmes de La Fayette et les vapeurs du Sexodrome. Et c’est d’ici que je vous écris, comme Daudet dans son moulin. Depuis mon pigeonnier de la Nouvelle Athènes, je vais chaque semaine pointer mon néoscope : sur un lieu, une tendance, une curiosité, un regard, un sourire, un plat, une agacerie, une échoppe, un rognon, un décolleté. Roman feuilleton ? Journal intime ? Disons un herbier, un cabinet de curiosité. La mienne, la vôtre, la nôtre. A tout bientôt !

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