En notre époque d’effarant vacarme, de constant chambard, de raffut impénitent, de pollution sonore, de bavardage incessant, de cancaneries à gogo, l’émergence d’un film comme The Artist n’est pas anodine. Au-delà de la simple curiosité artistique, qu’est-ce qui peut bien pousser les gens à aller, en 2011, voir un film muet ? Y a-t-il ici la nostalgie d’une époque où le cinéma était un langage universel, car il passait par une émotion pure, apatride, comme la musique ? Ou juste le besoin de jouir du silence ? N’est-ce pas plutôt le retour plus artificiel et très intellectualisé à une forme d’art primitif, comme les post-soixante-huitards se sont jetés sur le Larzac, idéalisant une vie dont les vrais agriculteurs tentaient précisément de s’extraire ? Comme toujours, c’est une question d’innocence. Le lyrisme originel d’un Sjöström, d’un Murnau, ne peut être recréé, comme José Bové n’a jamais vraiment ressuscité La Petite fadette. On peut donc voir le film de Michel Hazanavicius comme l’œuvre d’un contemporain de Jeff Koons qui s’amuserait à pasticher Ingres. Reste qu’on célèbre en cet instant précis, et sur tous les fronts, le Metropolis de Fritz Lang. Ne comparons pas l’incomparable, mais bon, quitte à choisir… lundi 17 octobre 2011
Chut ! (Figaroscope, 19 octobre 2011)
En notre époque d’effarant vacarme, de constant chambard, de raffut impénitent, de pollution sonore, de bavardage incessant, de cancaneries à gogo, l’émergence d’un film comme The Artist n’est pas anodine. Au-delà de la simple curiosité artistique, qu’est-ce qui peut bien pousser les gens à aller, en 2011, voir un film muet ? Y a-t-il ici la nostalgie d’une époque où le cinéma était un langage universel, car il passait par une émotion pure, apatride, comme la musique ? Ou juste le besoin de jouir du silence ? N’est-ce pas plutôt le retour plus artificiel et très intellectualisé à une forme d’art primitif, comme les post-soixante-huitards se sont jetés sur le Larzac, idéalisant une vie dont les vrais agriculteurs tentaient précisément de s’extraire ? Comme toujours, c’est une question d’innocence. Le lyrisme originel d’un Sjöström, d’un Murnau, ne peut être recréé, comme José Bové n’a jamais vraiment ressuscité La Petite fadette. On peut donc voir le film de Michel Hazanavicius comme l’œuvre d’un contemporain de Jeff Koons qui s’amuserait à pasticher Ingres. Reste qu’on célèbre en cet instant précis, et sur tous les fronts, le Metropolis de Fritz Lang. Ne comparons pas l’incomparable, mais bon, quitte à choisir…
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