mercredi 20 avril 2011

Roquettophobie (Figaroscope, 20 avril 2011)

Les affinités électives ne se limitent pas aux êtres pensants. On peut être rebuté par un objet, une idée, un lieu. Pour ma part, ce sont certaines voies parisiennes qui ne me reviennent guère. Ainsi la rue de La Roquette. Je n’y peux rien : je ne l’aime pas ! Cette antipathie est gratuite, parfaitement subjective, mais c’est plus fort que moi. Ce que je lui reproche ? Sa forme, sournoisement sinueuse et soudain pentue ; sa largeur : faussement accommodante et toujours encombrée. Ici, pas un immeuble pour sauver l’autre : tout y est gris, uniforme, sans charme, sans mystère, sans folie. A l’image de la morne plaine de ses échoppes. Trop de malbouffe pour sauver un bon restaurant thaï, trop de fripier pour laisser survivre une (excellente) librairie. Elle ne m’a pourtant rien fait, la veule Roquette, sinon m’obliger à l’arpenter quotidiennement, avec la même allégresse qu’un badaud surpris par une giboulée. Sans aller jusqu’au dégout de Huysmans décrivant la Bièvre, la Roquette ne m’inspire que méfiance. Cette rue ne s’achève-t-elle pas sur le tracé de deux prisons disparues, longeant les dalles d’une guillotine pour aboutir à un cimetière ? Comme mise en bière, ça se pose là.

0 commentaires: